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Oto découverte avec Baptiste : L’album « La rue raisonne » de Danakil

Oto découverte avec Baptiste : L’album « La rue raisonne » de Danakil

Oto Découverte de Baptiste #2 : Le nouvel album de Danakil « La rue raisonne » (2016)

Présentée par Baptiste Dubois
A partir du vendredi 4 novembre 2016
A écouter chaque mardi & jeudi à 8h et 18h ; mercredi & vendredi à 7h et 17h et le week-end à 12h

Pour cette nouvelle formule d’Oto Découverte avec Baptiste, découvrez un nouvel album et un avis (celui de Baptiste).

Danakil, le groupe reggae originaire de Marly Le Roi

« La rue raisonne » (sorti le 7 octobre 2016), est le cinquième album du groupe de reggae français Danakil.

Retrouvez la critique de Baptiste sur ce nouvel album de Danakil, disséqué pour vous, titre après titre.

 

Pochette de l'album "La rue raisonne"

Pochette de l’album « La rue raisonne »

 

1. « Echo système », est un titre en forme d’ode à la fragilité de la planète terre et ce que lui fait subir l’humanité. Le son est dynamique, un brin dub avec une basse très présente et la voix de Balik, le chanteur ne tarde pas à venir. Les couplets sont plutôt classiques mais bien écrits, en duo avec le désormais second chanteur du groupe Natty Jean. Le refrain est percutant, on reconnait alors un peu mieux le style Danakil. Un premier titre qui reste néanmoins un peu en deçà de ce à quoi nous a habitué le groupe ces dernières années.

2. « 32 mars », est né lors de la Nuit Debout et s’attache à décrire le combat de ce mouvement populaire né en mars 2016 place de la République à Paris. Le son est axé roots et le texte est cette fois-ci léché. Le chanteur-leader est investi et ça se ressent. Un morceau efficace et bien construit, dans l’air du temps, et qui marque l’engagement fort du groupe pour les causes actuelles et la dénonciation d’une démocratie malade. Nuit Debout a trouvé son hymne fédérateur.

3. « Paris la nuit », ou le portrait de la capitale la nuit tombée. Peu original, et même plutôt convenu, le morceau se perd dans un pâle hommage au Paris By Night. Il reprend un peu d’air grâce à la voix de Patrice, qui tente de redresser la barre dans ce featuring qui manque de saveur. Un titre que l’on ne retiendra pas longtemps.

4. « Comme je… », sonne comme la première vraie chanson d’amour du chanteur Balik. Véritable déclaration d’amour à son âme sœur, le morceau, bien écrit grâce à la plume reconnue du chanteur, fait surtout la différence par son refrain plein de pudeur. Un titre avec une dimension romantique rarement rencontrée chez Danakil. On se laisse attendrir et la magie opère.

5. « Back again », et le reggae de Danakil se pare d’un titre égo-trip. Balik et Natty Jean s’en donnent à cœur joie et crient leur amour pour leur job et pour ce cinquième album. Un texte banal, taillé sans doute pour le live. L’énergie est bien là mais on aurait préféré un peu plus de consistance.

6. « Mediatox », est un morceau contre les médias de masse et la télé. On oublie le roots habituel plaisant du groupe pour un beat plus énervé. D’ailleurs énervé, Balik l’est également dans sa voix et dans son texte. Malheureusement, le tout manque de profondeur. Le coup fatal est porté sur le refrain, avec une sorte de parodie de la Marseillaise peu inspirée. On passerait volontiers sur Next avant la fin du morceau. Une médiocrité peu habituelle pour Danakil…

7. « Pars », sur le thème de nos proches disparus, aurait pu être un bon morceau, mais… encore une fois, quelque chose ne fonctionne pas dans le texte, la voix et la mélodie. Malgré une écriture qu’on ne peut pas taxer de bâclée, on se retrouve avec un titre consensuel et ennuyeux. Déception.

8. « Quelque chose », marque sa différence dès les premières notes. Le son new roots de Danakil est de retour aux petits oignons et la voix de Balik se pose parfaitement sur le beat. On retrouve dans les paroles un peu de cette profondeur si propre au groupe. Sans être révolutionnaires, elles font mouche et le titre fonctionne. Et comme le chanteur nous le répète dans le refrain, oui, « il en restera bien quelque chose ».

9. « Dis-leur », ode à l’autodétermination, voit le chanteur Balik se faire porte-parole de nos libertés individuelles. Les paroles, engagées et fières, sont de qualité. Un titre bien mené et efficace, qui aurait peut-être gagné à se doter d’un refrain plus incisif. Mais cela n’enlève rien au caractère sincère du morceau qui a le mérite d’aller à l’essentiel.

10. « Papillons », pêche cette fois d’abord par son instrumentale et sa batterie curieusement teintée « eighties ». Le texte, encore une fois convenu, file une métaphore bancale sur les papillons. Paradoxalement, la voix de Balik volontairement désabusée ne sert pas vraiment la cause du morceau qui ne sera définitivement pas le meilleur de l’album. A oublier.

11. « Lumière de mémoire », est le titre le moins reggae de l’album. La batterie et la basse sont très présentes. Le chanteur transforme pour le coup ses couplets chantés en couplets « semi-rappés ». Le texte, sans être mauvais, tente une carte postale introspective dans notre mémoire. Les bons moments vécus, les moins bons. C’est gentillet et ça ne mange pas de pain. Mais ça ne fera pas l’adhésion pour autant. Encore un brin décevant.

12. « J’attends le jour », après la déclaration d’amour : la lettre écrite à son fils. La production est soignée, et le texte suit. Le chanteur se montre inspiré et en forme, et on se laisse volontiers porté par le message plein d’espoir -et d’amour- d’un papa à son fils récemment venu au monde. En évitant le côté moralisant pour notre grand plaisir, les paroles sont bien ficelées et touchent par leur sincérité. Un morceau rafraichissant.

13. « World of Reggae Music », est un titre en forme d’hommage au reggae. En plus des chanteurs Balik et Natty Jean du groupe, 7 autres artistes viennent prêter leur voix sur ce morceau de 8min28. Sur une rythmique roots des plus coutumières, les voix aux timbres tous différents s’enchainent de manière fluide, en français et en anglais. Le message se veut universel et fédérateur, et l’on passe un agréable moment de reggae, sur ce morceau où tous déclarent leur flamme au style musical popularisé par Bob Marley. Classique, mais l’esprit est bien là. Et à neuf, cela prend tout de suite une autre dimension.

Conclusion :

Le cinquième album de Danakil est dans l’ensemble assez décevant. Est-ce parce que le groupe avait mis la barre haute avec leurs dernières productions ? Si certains titres sont clairement réussis (32 Mars, Comme je, Quelque chose, Dis-leur, J’attends le jour) et confirment quelque part la suprématie de Danakil dans le reggae français aujourd’hui, la moitié de l’album ère entre insuffisance et ennui. On aurait aimé un peu de renouveau dans les thèmes abordés et des textes plus accrocheurs. Mais il est sans doute difficile de rester au sommet avec le rythme d’un album tous les 2/3 ans et il serait donc bien trop cruel de jeter la pierre à La rue raisonne. Gageons que le groupe reprenne un peu de force en tournée et que le prochain opus puisse à nouveau mériter une médaille d’or.

Baptiste Dubois.

Baptiste

novembre 4th, 2016

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